3.3 Les 4 modes d'engagement cognitif du modèle ICAP
Le modèle ICAP a pour objectif d’élargir la notion d’apprentissage actif traditionnel en proposant un continuum constitué de 4 modes d’engagement cognitif : il s’agit des modes d’engagement passif, actif, constructif et interactif. Ceux-ci s’intègrent dans une hiérarchie (I > C > A > P), chaque mode d’engagement prédisant un niveau d’apprentissage différent et graduel, allant d’un niveau d'apprentissage en surface (modes passif et actif) vers un niveau d’apprentissage en profondeur (modes constructif et interactif).
Mode d'engagement PASSIF
Les apprenant·es sont orienté·es vers la réception d’informations provenant du matériel d’apprentissage. Dans ce cadre, ils font preuve d’un engagement cognitif limité. Aucun comportement exprimé de leur part ne permet d’attester qu’ils s’approprient le matériel. Le fait de simplement écouter un·e enseignant·e donner cours, de regarder une vidéo sans prendre de notes, de lire un livre sans surligner quoi que ce soit… rentre dans le cadre de ce mode d’engagement cognitif, d’où le fait qu’il soit considéré comme « passif ».
Sans prétendre qu’il soit impossible d’apprendre quelque chose dans ce mode, il prédit un niveau d’apprentissage plutôt faible sur le long terme (apprentissage en surface). Dans la plupart des contextes d’enseignement et d’apprentissage (que ce soit en ligne ou en présentiel), c’est le mode d’engagement cognitif qu’on cherchera à éviter le plus possible.
Mode d’engagement ACTIF
Les personnes apprenantes sont ici orientées vers la manipulation d’informations provenant du matériel d’apprentissage. Dans ce cadre, l’engagement cognitif peut être considéré comme « actif » à partir du moment où il implique une certaine forme d’action : il nécessite d’exercer une attention soutenue et de sélectionner l’information. Le fait d’interagir avec le matériel d’apprentissage, de manière parfois très différente, rentre dans ce cas de figure, par exemple :
- pointer une partie de la matière au tableau,
- surligner et annoter des passages importants dans un texte,
- mettre une vidéo en pause et revenir en arrière pour re-visionner un passage,
- recopier les étapes de résolution d’un problème…
Il s’agit du niveau minimal d’engagement cognitif auquel on souhaiterait faire accéder les personnes apprenantes. Il peut être encouragé de manière explicite par l’enseignant·e et via les supports d’apprentissage proposés. Il est nécessaire au travail individuel et peut être mobilisé même lors d’une activité d’enseignement magistral.
Mode d’engagement CONSTRUCTIF
Les personnes apprenantes sont ici orientées vers la transformation et la production d’informations qui ne sont pas fournies de base dans le matériel d’apprentissage. Dans ce cadre, les résultats d’apprentissage devraient dépasser la simple manipulation du mode précédent pour générer de nouvelles idées, de nouvelles connaissances, de nouvelles inférences, qui vont au-delà des informations données aux apprenant·es. Entre autres exemples de ce mode d’engagement cognitif, notons le fait de :
- représenter un contenu de manière visuelle (sous forme de schéma, de diagramme, de sketchnote…),
- étudier une matière en faisant des liens avec d’autres parties du cours (voire d’autres cours),
- créer une carte heuristique ou une carte conceptuelle pour structurer les différentes parties d’une matière,
- réaliser une synthèse en induisant des hypothèses et des relations…
À ce stade, on passe clairement d’un apprentissage en surface vers un apprentissage en profondeur. Il est vraisemblable que, en favorisant un mode d’engagement constructif, la personne apprenante se trouvera en bien meilleure posture pour s’approprier un contenu de manière efficace et pérenne.
Mode d’engagement INTERACTIF
Les personnes apprenantes sont ici orientées vers un dialogue (en binômes ou en petits groupes). En s’engageant ainsi dans un mode interactif, elles échangent et génèrent des idées, qui entraînent elles-mêmes de nouvelles idées et de nouvelles productions qu’aucune autre personne apprenante n’aurait pu générer seule. On peut ici penser aux activités de groupe visant à permettre de :
- défendre et argumenter chacun une position,
- développer leur esprit critique en demandant de justifier des points imprécis de la matière,
- se poser des questions entre eux et y répondre mutuellement,
- clarifier, construire et corriger les propos de chacun…
Il s’agit du mode d’engagement cognitif le plus efficace du modèle ICAP. Les personnes apprenantes atteignant ce mode sont susceptibles d’arriver à un niveau d’apprentissage en profondeur plus élevé que dans le mode d’engagement cognitif précédent.
L’infographie ci-dessous – réalisée par la Direction de l'Apprentissage et de l'Innovation Pédagogique (DAIP) de HEC Montréal – résume de manière visuelle ces 4 modes d'engagement cognitif :